L’impact est capital

Un vent d’optimisme

Des mouvements grandissants démontrent que non seulement nous avons tous plus de pouvoir que nous ne le pensons, mais qu’en tant que citoyens, nous constituons peut-être la seule réponse possible aux défis les plus importants qui se posent.

En 2014, l’actualité mondiale a été dominée par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, la menace du terrorisme en Europe occidentale, les difficultés économiques persistantes que connaît une grande partie de l’Europe, et la peur croissante face aux réponses insuffisantes apportées aux changements climatiques. Ces défis soulèvent des questions importantes quant à nos valeurs et au monde dont hériteront les générations à venir.

Au siècle passé, la société attendait de l’État qu’il résolve ses plus graves problèmes. Celui-ci continue à jouer un rôle fondamental dans la mise en place des politiques publiques : il donne un cadre juridique à la société et veille à ce que celle-ci repose sur des bases démocratiques afin de sauvegarder les droits individuels et les responsabilités qui y sont liées. Néanmoins, les problèmes apparemment insolubles auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui donnent à penser que l’État est de moins en moins à même de réagir face à un monde complexe et en constante évolution. Du point de vue de la Banque Triodos, ce sont plutôt les individus, les entrepreneurs et même les banques qui les financent qui mènent un combat d’avant-garde pour bâtir un monde meilleur.

Des sources très différentes les unes des autres nous montrent que ce sont des acteurs non traditionnels qui nous apportent les réponses aux questions les plus épineuses que nous nous posons. L’intérêt suscité cette année par des penseurs tels que Thomas Piketty qui ont analysé l’exacerbation de l’inégalité dans la répartition des richesses, l’effet catalyseur de la mobilisation populaire pour le climat – la plus grande marche pour le climat de l’Histoire, forte de plus de 2.500 manifestations organisées dans 162 pays –, ou encore les actions des universités et des fondations les plus en vue (comme la Rockefeller Foundation dont la fortune a été bâtie grâce à l’industrie pétrolière) qui ont cessé d’investir dans les compagnies productrices de combustibles fossiles dans le cadre de campagnes organisées : tout porte à croire que les gens se tournent vers d’autres institutions, d’autres personnes et, de plus en plus souvent, se tournent vers eux-mêmes pour améliorer leur propre situation.

De plus en plus souvent, des mouvements rassemblant des personnes et des groupes de sympathisants sont capables d’influencer les politiques générales. Cette démarche rejoint celle de la Banque Triodos consistant à financer des projets qui ont un impact (financement de l’investissement d’impact). Nous utilisons l’épargne et l’investissement pour financer l’entreprise fondée sur les valeurs, donnant aux gens l’occasion de réaliser un investissement d’impact grâce auquel leur argent sert à financer des projets en harmonie avec leurs valeurs. L’argent de nos clients n’est donc plus neutre. Il sert à financer des entreprises durables spécifiques et, en conséquence, il porte une part de responsabilité et nécessite une conscience sociale.

Les banques jouent un rôle important en aidant les sociétés à croître et à se développer. Nous sommes convaincus du fait que l’importance accordée au financement de l’économie réelle, qui permet à leur argent d’avoir les répercussions les plus marquées sur la vie des populations, est fondamentale. Telle a toujours été la démarche de la Banque Triodos et en 2014, elle a une nouvelle fois largement conditionné nos activités et notre façon de faire.

Dans notre esprit, il est devenu de plus en plus clair, et ceci vaut même pour les plus grandes organisations, que nous faisons partie d’un véritable écosystème financier comportant des interdépendances en vertu desquelles nous devons tenir compte des intérêts les uns des autres. À l’instar des écosystèmes naturels, un système financier tire une résilience accrue de sa diversité.

La Banque Triodos n’est pas la seule à avoir adopté cette approche ni cette perspective systémique. Les partenariats sont cruciaux pour permettre à la Banque Triodos de produire des changements. En 2014, nous avons participé activement à des réseaux locaux, européens et mondiaux. Ainsi, la Banque Triodos est cofondatrice et membre de la Global Alliance for Banking on Values (GABV), un réseau international de banques durables indépendantes qui ont adopté une mission et une stratégie fondées sur des valeurs. La Banque Triodos est également cofondatrice du Sustainable Finance Lab, un réseau de scientifiques à l’origine d’idées pertinentes visant à mettre sur pied un système financier plus durable. Celui-ci a animé, en 2014, un débat très médiatisé sur l’avenir du système bancaire.

Jeunes pousses

Au cours de cette année, nous avons assisté à des avancées positives puisque plusieurs entreprises et même quelques banques ont semblé épouser les principes du développement durable. D’après le rapport sur l’éco-innovation des Nations Unies, auquel la Banque Triodos a contribué, de petites et grandes entreprises du monde entier ont commencé à intégrer la durabilité dans l’ensemble de leurs opérations et de leur chaîne de valeur. Le taux de croissance de ces entreprises atteint les 15% en moyenne, quelles que soient les conditions du marché.

La Taskforce du G8 sur l’investissement à impact social a, elle aussi, publié un rapport qui appelle à un changement radical sur le plan de l’investissement d’impact dans le monde entier afin de susciter un plus grand intérêt au sein du courant dominant. Pour compléter ce travail, la Banque Triodos, représentant européen auprès de la Taskforce, a publié le rapport « Impact Investing for Everyone » (L’investissement d’impact pour tous), lequel plaide pour une approche plus inclusive de l’investissement dans des entreprises qui ont un impact positif. De cette façon, les personnes ordinaires pourront participer à cette industrie en pleine expansion, et pas seulement quelques riches investisseurs et fonds de pension. L’investissement d’impact devrait être accessible au plus grand nombre, et non seulement à une poignée de riches individus et fonds de pension. La Banque Triodos croit en un vaste mouvement populaire comme celui qui a gagné en visibilité en 2014, et elle dispose de 35 années d’expérience qui démontrent que le financement avec un impact positif est populaire et répond à divers besoins de la société.

Innovation durable

L’adoption d’une approche davantage fondée sur les valeurs s’inscrit dans le cadre d’un avenir difficilement prévisible et en constante évolution. Les habitudes des investisseurs particuliers, la façon d’emprunter des entrepreneurs et la manière dont les transactions sont effectuées évoluent constamment, alors que des personnes de plus en plus nombreuses s’adaptent à des moyens très simples d’utiliser leur argent, qui échappent bien souvent aux banques traditionnelles.

Les innovations déstabilisantes du secteur financier posent des défis aux banques et leur ouvrent de nouvelles possibilités. L’une des plus connues est le développement du financement participatif ou « crowdfunding », qui consiste à récolter des fonds, souvent via Internet, auprès d’une « foule » (« crowd » en anglais) d’investisseurs afin de financer une initiative.

En vue d’étendre encore la portée de nos opérations financières, nous prévoyons d’étudier la possibilité de conclure des partenariats avec des acteurs du financement participatif, lorsque nous pourrons apporter une nouveauté utile à la société en général et à l’environnement. La règlementation plus souple et la confiance mutuelle que s’accordent des personnes connectées entre elles font du financement participatif un nouvel « outil » complémentaire de l’offre bancaire classique et apportent une certaine diversité à l’écosystème financier.

En 2014, Triodos Renewables, société spécialisée dans les énergies vertes et qui a son siège au Royaume-Uni, a expérimenté ce type d’activité financière complémentaire en collaborant avec la plateforme de financement participatif Trillion Fund. L’objectif était de promouvoir une émission d’actions qui a permis de lever plus de 4,2 millions d’euros, de distribuer ces actions et de tirer des enseignements de cette expérience.

La Banque Triodos et ses parties prenantes s’intéressent aux produits et services financiers générant un impact. Ces dernières années, ceux-ci ont gagné en popularité. Ainsi, les prêts hypothécaires durables, qui incitent les personnes à vivre dans des habitations plus durables, ont connu une popularité grandissante aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne. Ils se sont chiffrés à 404 millions d’euros en 2014, contre 274 millions d’euros en 2013. Ces types de produits offrent de nouvelles manières d’adopter un mode de vie plus durable.

Les innovations financières comme celles-ci et d’autres encore, telles que l’émission d’obligations vertes par de grandes entreprises, impliquent que les banques fassent partie d’un système plus vaste, permettant des approches plus innovantes. Par exemple, en 2014, la Banque Triodos a joué un rôle de premier plan dans le lancement des toutes premières obligations à impact social, qui bénéficient au Royaume-Uni d’un allégement fiscal spécifique. Nous voulons faire partie intégrante de cette évolution grâce à laquelle l’offre bancaire traditionnelle laisse la place à une conception plus générale de l’argent.

En outre, en tant que fournisseur de produits financiers durables, nous innovons dans la conception de produits bancaires « ordinaires » qui satisfont aux critères de la Banque Triodos, tels que des cartes de débit et de crédit entièrement biodégradables, des comptes d’épargne et des dépôts à terme permettant aux clients de faire don de leurs intérêts, ainsi que des terminaux de points de vente utilisant du papier labellisés FSC (Forest Stewardship Council).

Équipés pour un avenir incertain

C’est dans ce contexte qu’en 2014, nous avons consacré du temps à Triodos 2025, un programme dédié à l’étude de nos perspectives stratégiques par rapport à un nombre de scénarios futurs possibles.

Ce projet a été dirigé par une équipe de collaborateurs bénéficiant d’une grande ancienneté et par des membres du Conseil des commissaires et du Conseil d’administration de la SAAT. Ils se sont notamment rendus, dans le cadre de journées d’étude, dans de nombreuses entreprises aux prises avec l’avenir à divers titres, d’une compagnie aérienne à une entreprise axée sur l’énergie verte.

Nous voulions tirer parti de l’expérience des autres pour trouver la meilleure façon de préparer la Banque Triodos à faire face à l’avenir et d’élaborer à cette fin différents scénarios. Ceux-ci envisagent un monde dominé par de puissants gouvernements, les grandes entreprises, des communautés polarisées composées soit de nantis soit de pauvres, ou encore un monde reposant sur une collaboration active entre la société civile, les entreprises et les gouvernements. Nous avons étudié le rôle que devrait jouer la Banque Triodos dans ces différents cas de figure pour fournir, par exemple, des produits et services complémentaires durables aux personnes qui en ont besoin.

Les résultats de Triodos 2025 serviront à orienter la planification de nos activités. Ils influenceront donc nos grands objectifs stratégiques des années à venir. Nous comptons publier les conclusions de cette étude en 2015.

Gestion des risques

En tant que banque de taille moyenne, nous voulons respecter scrupuleusement nos obligations règlementaires, et nous veillons à le faire. Des ressources et des efforts importants ont été nécessaires dans ce contexte en 2014, particulièrement afin de renforcer notre gestion des risques et notre gouvernance interne. Le renforcement de notre gouvernance et de nos systèmes internes a nécessité du temps et des efforts, mais il assurera à la Banque Triodos une position avantageuse à l’avenir. Toutefois, la croissance de nos crédits, surtout, en a été ralentie, contenue aussi par les exigences règlementaires accrues auxquelles il nous a fallu satisfaire. Après avoir payé leur personnel et leurs opérations, les banques réalisent un bénéfice financier sur la différence entre les taux des intérêts versés aux épargnants et les taux des intérêts payés par leurs emprunteurs. La baisse des emprunts enregistrée cette année a donc limité la rentabilité de la Banque Triodos.

Ces questions ont été régulièrement abordées au sein du Conseil des commissaires et, de manière plus générale, du Conseil d’administration de la SAAT. L’objectif étant que cette évolution garantisse le renforcement de notre position d’institution financière résiliente, appuie la mission et les valeurs de la Banque Triodos, et préserve sa continuité à long terme.

Cette année, afin de préserver notre position d’institution financière solide, nous avons encore consolidé notre capital et veillé à croître tant sur le plan des prêts que des dépôts et des investissements. Grâce à ces efforts collectifs, le total des actifs gérés par la Banque Triodos dépassait les 10 milliards d’euros en fin d’année.

Il reste néanmoins difficile pour la Banque Triodos de continuer au même rythme et de maintenir l’équilibre entre les crédits et l’apport continu de dépôts. Dans le même temps, nous avons l’intention de continuer à diversifier notre portefeuille de crédits dans son ensemble et nos prêts au sein de certains secteurs, par exemple pour ne plus nous limiter à la production d’énergie renouvelable, mais encourager aussi les économies d’énergie et les projets de stockage et de distribution énergétiques, par exemple.

Une autre manière importante de compenser ce déséquilibre a consisté à proposer des prêts hypothécaires durables à notre clientèle de particuliers, incitant ainsi les propriétaires à vivre dans des propriétés plus respectueuses de l’environnement. Cette activité a affiché une croissance de 47% cette année, contribuant à l’obtention d’un ratio des crédits sur les dépôts de 68%. Il s’agira encore d’une de nos priorités en 2015 et dans les années qui suivent.

Atteindre notre cible sans oublier l’essentiel

La Banque Triodos a été créée pour améliorer la qualité de vie des personnes, ce qu’elle s’efforce de faire en ne finançant que les secteurs social, environnemental et culturel. Nous sommes à même de remplir cette mission en utilisant des « points d’acupuncture », qui amplifient notre impact au-delà de notre influence immédiate de bailleur de fonds des entreprises durables et qui renforcent notre capacité à maximiser les résultats obtenus. Notre tâche consiste essentiellement à servir de référence pour les services bancaires fondés sur des valeurs par l’intermédiaire de réseaux, manifestations et activités médiatiques, par exemple.

Depuis quelques années, la Banque Triodos fait figure de référence grâce à des initiatives telles que la mise en place du Sustainable Finance Lab, qui rassemble d’éminents scientifiques en vue de concevoir les modèles et les outils nécessaires à la création d’un secteur financier durable. Cette reconnaissance permet à la Banque Triodos de contribuer à des réformes bien plus vastes et plus approfondies. Par exemple, le Sustainable Finance Lab a servi de catalyseur à un Comité gouvernemental néerlandais pour influencer les politiques aux niveaux national et européen. En 2014, toutes les succursales de la Banque Triodos ont également participé à la première campagne mondiale de la GABV visant à donner de la visibilité aux activités bancaires fondées sur les valeurs.

Néanmoins, une approche intégrée accordant autant de poids aux performances non financières qu’aux performances financières peut compliquer l’évaluation et la mesure des performances, surtout dans un monde financier qui mesure la réussite à l’aide de chiffres. C’est ainsi que pour la première fois, l’an dernier, nous avons publié des informations plus détaillées sur notre impact non financier dans un chapitre supplémentaire intitulé « Impact ». Ce chapitre contient un tableau de bord conçu par la GABV afin d’évaluer la durabilité ou l’impact des banques. La Banque Triodos fut la première banque au monde à publier son tableau de bord dans ce format en 2014. Nous pensons que cette nouvelle initiative constitue une occasion d’évaluer et de communiquer des données qualitatives et quantitatives qui témoignent de la performance réelle d’une banque au-delà d’une vision financière étriquée.

Nous voulons partir de cette réalité pour jouer un rôle prépondérant dans le reporting d’impact, en satisfaisant aux normes en vigueur et même en les dépassant, ainsi qu’en participant à la création de moyens d’évaluation plus significatifs et en les encourageant. Pour la première fois, cette année, nous avons placé la matérialité, qui fait référence aux questions les plus importantes pour les parties prenantes de l’institution, au cœur de nos rapports. À l’issue d’échanges structurés avec nos parties prenantes, nous avons exposé ces questions dans l’analyse de matérialité ci-après.

La durabilité et l’utilisation réfléchie de l’argent qui la sous-tend sont essentielles pour tout ce que nous faisons à la Banque Triodos. C’est pourquoi l’analyse de matérialité réalisée par la Banque Triodos intègre la durabilité et les enjeux financiers. Elle constitue une vue globale de ce que nos parties prenantes et notre banque considèrent comme le plus important dans notre activité, et non seulement des éléments relatifs à la durabilité. Il s’agit d’une étape importante pour développer une bien meilleure compréhension des enjeux essentiels aux yeux de nos parties prenantes.